La Disparition du paysage

Denis Podalydès Compagnie 111

Théâtre | Tout public
AUDITORIUM
jeudi 10 mars | 20H00
vendredi 11 mars | 20H00

Durée 1h10

Tout commence par le récit d’un attentat par la victime, les détails de la déflagration, de la dispersion de tout autour de lui… À travers les blessures de la chair et de l’âme, l’interprète nous entraîne dans son monde de questionnements où la solitude et la confusion règnent seules… La disparition, pas seulement du personnage, mais à travers ses yeux, du monde autour de lui, dissimulé progressivement derrière une nappe de brouillard toujours plus dense… Un récit ou un requiem qui questionne profondément l’individu devant la perte.

Distribution

Texte : Jean-Philippe Toussaint | Avec Denis Podalydès | Scênographie et mise en scène : Aurélien Bory | Lumière : Arno Veyrat | Musique : Joan Cambon | photos: ©Aglaé Bory

Production

C.I.C.T. – Théâtre des Bouffes du Nord | Compagnie III – Aurélien Bory | Théâtre de la Cité – Centre dramatique national Toulouse Occitanie | Théâtre National du Luxembourg | Théâtre National de Bretagne | Mairie de Toulouse

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Revue de Presse :

les-inrocks

AVIS DE BROUILLARD

Par Fabienne Arvers – 12 février 2021

DENSE ET COMPACT, LA DISPARITION DU PAYSAGE OFFRE À AURÉLIEN BORY ET DENIS PODALYDÈS L’OCCASION D’UN DISPOSITIF THÉÂTRAL QUI ÉCLAIRE L’EFFACEMENT DE NOS REPÈRES DANS UN RÉEL FIGÉ ET INCERTAIN.

Saisissante s’avère l’étrange corrélation entre la trame du récit de Jean-Philippe Toussaint dans La Disparition du paysage et la situation sanitaire qui nous fait découvrir la mise en scène d’Aurélien Bory dans un Théâtre des Bouffes du Nord vidé de son public, devant une poignée de professionnel·les. Avons-nous un point de vue clair sur l’avenir proche et pouvons-nous imaginer un après à cet engluement dans un présent confiné qui dure depuis un an ? Nullement.

Or, c’est justement sur cette impossibilité à percer le brouillard de sa conscience et celui qui opacifie la plage d’Ostende qu’il regarde depuis sa chambre, solitaire et arrimé à sa chaise roulante depuis « l’accident », que porte le monologue intérieur de cet homme. A-t-il été victime d’un attentat ? Est-il amnésique, prisonnier d’un présent étalé qui ne lui laisse d’autre occupation que « d’éprouver la monotonie des heures » ? Pourtant, le temps passe bel et bien. Devant sa fenêtre, des travaux vont bientôt obturer complètement le paysage monochrome, à peine traversé par des mouvements infimes, des corps évanescents, où s’arrime sa conscience. Seule l’imagination lui offre une porte de sortie lorsque son esprit prend le large. Alors, « je parviens à m’abstraire de la réalité où je suis encalminé depuis des mois ».

C’EST À DENIS PODALYDÈS QUE JEAN-PHILLPPE TOUSSAINT A FAIT DON DE CE TEXTE AVANT MÊME QU’IL SOIT PUBLIÉ.

« S’y manifeste une grande inquiétude, qui est notre commune et sourde inquiétude qui perd son nom, sa forme, son contour, tant elle s’accroît, se diffuse, tout en parfois semblant s’évaporer. […] Comment donner à entendre (à voir ?) ce flux de pensées, de sensations, de réminiscences ? Et comment faire avec la mort, toujours présente, déjà là, ombre et instant ? », s’interroge l’acteur.

Aurélien Bory, metteur en scène et arpenteur infatigable de l’espace, sera celui à qui Denis Podalydès proposera l’aventure. Entre eux, la fusion entre voir et entendre fonctionne à merveille. Au jeu sobre, précis et obstiné de l’acteur, Aurélien Bory associe le-déroulement d’une image, celle d’un ciel aux nuages en perpétuelle métamorphose, dont les dimensions varient au gré du récit. Lucarne, verrière, trait lumineux, paroi envahissante ou support aux mouvements des ouvriers reconstruisant le mur qui obture le paysage, l’image, ici se surimpose aux mots. En accompagne le ressassement, l’étirement infini d’une perception alourdie par le silence, l’immobilité, l’amenuisement des repères, l’insondable solitude.

L’impact du spectacle tient tout entier dans ce partage de l’expérience vécue par le personnage, la disparition progressive du paysage – social et intime – où l’on a eu coutume de vivre et dont on doit se passer ; pour combien de temps encore ?

Fabienne Arvers